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Ce que l’inconscient révèle sur nos choix de mobilité

La manière dont nous abordons les différentes formes de mobilité dépend de la perception que nous en avons. Associons-nous, de manière inconsciente, les transports en commun, la voiture ou les mobilités alternatives à des valeurs de praticité et de convivialité ? Ou au contraire, évoquent-elles pour nous, spontanément des sentiments d’insécurité ou de contrainte ? La Direction Innovation de Keolis a mené une étude sur la manière dont les différents profils de voyageur perçoivent la mobilité, afin de la faire évoluer et de rendre, à terme, les transports en commun plus attractifs.

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Publié le

5 FÉVR. 2026

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Une perception de la mobilité influencée par trois facteurs

1 - La réalité, c’est notre environnement direct et notre expérience passée avec celui-ci. Dans le monde de la mobilité, il s’agit par exemple de notre environnement physique (le véhicule, la rue…) mais également des informations concrètes que nous recevons à propos de celui-ci, comme l’information voyageur.

2 - Les usages regroupent les différentes pratiques que nous associons aux mobilités. Cette catégorie regroupe notre façon d’utiliser les transports, mais également les comportements des autres usagers autour de nous, les adaptations possibles de notre comportement et les innovations qui sont mises en place régulièrement.

3 - Les imaginaires, enfin, ce sont l’ensemble des représentations auxquelles nous sommes exposées, que celles-ci proviennent de l’actualité, de la fiction ou de la publicité, et que celles-ci soient basées sur la réalité ou non.

Dessin cerveau
Quelles sont les valeurs inconscientes que nous associons aux transports en commun, aux mobilités douces ou au transport individuel ? 
Une perception de la mobilité influencée par trois facteurs : perception, réalité, imaginaires et usages et pratiques

100

participants au protocole de tests implicites

3

populations ciblées : utilisateurs captifs, utilisateurs par choix et non-utilisateurs des transports en commun.

120

séquences de tests réalisées par participant

15

valeurs cibles testées : agréable, bien-être, cher, confiance, contraignant, convivial, écologique, facile, flexible, insécurité, pratique, rapide, santé, sérénité, valorisant

4

concepts amorces évalués : le bus / car, la voiture, le vélo et le transport sur réservation

12 000

données collectées

Chaque profil de voyageur est influencé dans sa perception de manière différente. Un non-utilisateur des transports en commun verra sa perception principalement influencée par des imaginaires, alors qu’un usager régulier sera surtout influencé par la réalité et par sa propre expérience du voyage.

Par exemple, la notion d’insécurité est souvent associée aux transports en commun pour les non-usagers et usagers occasionnels de plus 40 ans. Mais loin d’être portée par la réalité de leur expérience, cette notion est – en analysant les témoignages recueillis – souvent confondue avec celle d’incivilité ou avec un discours plus général sur l’insécurité de l’espace public et non pas spécifiquement du mode de mobilité. Cette perception décorrélée de l’expérience réelle entre ainsi dans la catégorie des imaginaires.

Une méthodologie de tests implicites qui fait parler l’inconscient

Courant 2025, la Direction Innovation du Groupe, en partenariat avec Mental Eco, a mené une large étude pour mieux comprendre cette perception des différents modes de mobilités : transports en commun, transports sur réservation, mais également voiture individuelle et vélo. Basée sur un protocole de tests implicites, cette étude a permis d’identifier les liens inconscients que nouent les voyageurs entre ces mobilités et différentes valeurs : praticité, facilité, rapidité, convivialité, contrainte, insécurité ou encore confiance et flexibilité.

Schéma descriptif : 1. valeur amorce testée, 2. concetp cible (comme Ecologique), si la personne donne une réponse rapide, le lien est fort, si la personne donne une réponse lente, le lien est faible

Un protocole de tests implicites visant à identifier les concepts inconsciemment associés à chacune des mobilités : + la réponse est rapide, + l’association est naturelle et révélatrice de la perception du mode de mobilité présenté.

Afin de mettre en avant les différences de perception en fonction des habitudes de mobilité, cette étude a été menée sur trois populations aux usages distincts : les utilisateurs captifs des transports en commun et ne disposant pas d’alternative à ceux-ci, les utilisateurs occasionnels des TC optant pour cette modalité par choix et les non-utilisateurs des mobilités collectives. Ces études ont été menées dans des zones périurbaines et rurales ou la voiture reste compétitive.

Photo de Gaël Allain

Gaël Allain

Docteur en Psychologie Cognitive, spécialiste de la charge mentale et fondateur de Mental Eco

« L’enquête par méthodes implicites révèle des associations stables entre modes de déplacement et valeurs psychosociales (praticité, convivialité, insécurité, contrainte). Ces représentations automatiques influencent fortement les décisions et limitent l’effet des seuls ajustements d’offre. Identifier ces biais permet de concevoir interventions et prototypes ciblés (diagnostics cognitifs, éléments narratifs et architecturaux, tests contrôlés) pour reconfigurer les représentations et mesurer des changements d’usage. »
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Des résultats qui challengent la place des transports en commun dans notre perception

Parmi les enseignements révélés par cette étude, plusieurs méritent d’être mis en avant et peuvent changer nos idées reçues sur la perception de la mobilité :

  • Les transports en commun sont associés à la fois à une notion d’insécurité et de convivialité.

  • L’automobile ne se distingue des transports en commun ni en termes de facilité, ni en termes de praticité. Sur cette seconde valeur, les transports sur réservation marquent leur différence de manière positive.

  • La perception de cherté des transports en commun et de l’automobile est avant tout liée au pouvoir d’achat des usagers interrogés : les deux mobilités sont considérées comme cher pour une population de moins de 25 ans au pouvoir d’achat réduit.

  • Les différences de perception sont parfois liées à des biais générationnels : ainsi, les moins de 25 ans considèrent le vélo comme valorisant, alors que les plus de 40 ans considèrent l’ensemble des modes de mobilité comme contraignants.

Fidèles, Exigeants, Réfractaires : 3 populations de voyageurs à la perception bien distincte

L’ensemble des données collectées auprès des voyageurs permet de mettre en avant des différences de perception liées avant tout aux habitudes de mobilité. Alors que les utilisateurs captifs (Les Fidèles) ont une vision positive des transports en commun et une grande tolérance aux autres usagers, les non-utilisateurs (les Réfractaires), ayant recours à leur automobile par habitude, conservent une vision de transports collectifs peu sûrs et ont le sentiment d’être « envahis » par les autres usagers. Les utilisateurs occasionnels des transports en commun (les Exigeants) restent quant à eux pragmatiques : tout en assumant leur choix de mobilité, ils possèdent un fort niveau d’exigence quant à sa praticité et au temps de parcours, mais expriment également un plus fort sentiment d’insécurité que les usagers captifs.

3 catégories : 1. LES FIDÈLES possèdent une vision positive des transports en commun, du fait de leur usage, leurs contraintes et leur expertise. Ils disposent d’un grand seuil de tolérance aux autres usagers. 2.LES EXIGEANTS possèdent un niveau d’exigence élevé (praticité, temps de parcours) mais assument pleinement leur choix des transports en commun. Ils y ressentent un plus fort sentiment d’insécurité. 3. LES RÉFRACTAIRES possèdent un profil très conservateur et sont attachés au véhicule personnel par habitude plus que par choix rationnel. Ils imaginent les TC comme un monde peu sûr et "envahi" par les autres usagers.

Pour ces trois populations, la perception des transports en commun reste étroitement liée à la perception des autres usagers, et à la charge mentale et émotionnelle qu’ils provoquent.

photo Sofia Escamilla

Sofia Escamilla

UX Strategist & Researcher – Direction Innovation Keolis

« Dans cette exploration, nous montrons que les choix de mobilité ne s’expliquent pas que par des critères rationnels : ils sont aussi guidés par des représentations mentales et des perceptions. Pour rendre les mobilités collectives désirables, il convient d’agir autant sur l’imaginaire (la convivialité, la sécurité perçue, la charge mentale) que sur l’offre. En rendant visibles les biais implicites identifiés et en prototypant des leviers pour les reconfigurer, la phase expérimentale vise à transformer durablement les usages. »

Influer sur les perceptions pour faire évoluer les habitudes

Grâce à ces enseignements, les équipes de Keolis envisagent désormais une seconde phase à cette étude basée sur l’expérimentation : comment faire évoluer les usages des trois populations identifiées en agissant sur leur perception respective des transports en commun ? Par des actions de communication, d’éducation et d’information ciblées, Keolis souhaite influencer imaginaires, usages et perception de la réalité afin de renforcer le rôle d’ambassadeur des usagers les plus Fidèles et faire adopter aux Exigeants et aux Réfractaires un usage plus poussé des mobilités collectives.

Ainsi, quatre axes de travail seront à explorer au cours des mois à venir :

  • Remettre en avant les valeurs de convivialité et de liberté attachées aux transports en commun, afin de mieux rivaliser avec la perception de la voiture individuelle ;

  • Diminuer les charges mentale et émotionnelle associées aux transports en commun en valorisant l’expérience réelle de mobilité, et notamment sa simplicité ;

  • Développer la multimodalité, en augmentant le niveau d’expertise et la proactivité des usagers et en optimisant les pratiques de chacun ;

  • Changer le narratif des transports en commun en renforçant l’enthousiasme grâce à une communication axée sur ses avantages réels.

Ces différentes expérimentations seront menées sur le terrain en coordinations avec nos filiales au cours des mois à venir.

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Prochaine phase d'expérimentation sur le terrain : comment faire évoluer les usages des trois populations identifiées en agissant sur leur perception respective des transports en commun ?

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